À la découverte du chapitre XXIII, « Reishu Shiatsu Ryōhō » (靈手指圧療法), dans l’ouvrage Shiatsu-hō (指圧法) de Tamai Tenpeki, pages 299 à 302.
Introduction — Le Shiatsu est-il simplement une technique de pression ?
Qu’est-ce que le Shiatsu ?
Aujourd’hui, on le présente souvent comme une méthode de soin qui consiste à exercer des pressions avec les doigts ou les paumes sur différentes parties du corps, afin de relâcher les tensions musculaires et de favoriser le bon fonctionnement de l’organisme.
Mais lorsqu’on se plonge dans l’histoire du Shiatsu, on découvre que cette discipline n’a pas toujours été envisagée de manière aussi uniforme.
Dans son ouvrage Shiatsu-hō, Tamai Tenpeki aborde de nombreux sujets : l’anatomie, la physiologie, les techniques de pression, ainsi que différentes méthodes de traitement adaptées à de nombreux troubles.
Parmi ces enseignements, un chapitre se distingue particulièrement : le Reishu Shiatsu Ryōhō (靈手指圧療法), que l’on pourrait traduire par « Méthode de Shiatsu des mains spirituelles ».
Dans ce chapitre, l’auteur ne s’intéresse pas uniquement à la technique : où placer les doigts, comment exercer une pression ou combien de temps la maintenir.
Il soulève des questions beaucoup plus profondes :
Dans quel état intérieur le praticien doit-il se trouver lorsqu’il touche une autre personne ?
La main qui exerce une pression peut-elle transmettre autre chose qu’une simple force mécanique ?
Quelle relation s’établit entre le praticien et la personne qui reçoit le Shiatsu ?
Pour tenter de répondre à ces questions, Tamai Tenpeki fait appel à une notion centrale : Rei (靈), que l’on traduit généralement par « esprit », « âme » ou « principe spirituel ».
Certains passages peuvent paraître difficiles à comprendre aujourd’hui. D’autres reposent sur des conceptions spirituelles qui ne correspondent pas aux connaissances scientifiques actuelles.
Pourtant, plutôt que de les écarter comme de simples croyances d’une autre époque, il me semble intéressant de chercher à comprendre ce que l’auteur voulait réellement transmettre.
Car ce chapitre nous permet de découvrir une dimension de l’histoire du Shiatsu qui mérite toute notre attention.
1. Qu’est-ce que le Reishu ? Une réflexion sur l’origine de la vie
Le chapitre commence par un préambule dans lequel Tamai Tenpeki évoque les efforts constants de l’humanité pour comprendre les phénomènes mystérieux de l’univers.
Depuis toujours, écrit-il en substance, les êtres humains cherchent à expliquer ce qui leur paraît incompréhensible.
Pour approfondir cette réflexion, il fait référence à un ancien traité bouddhique chinois : le Genninron (原人論).
Le Genninron : un traité sur l’origine de l’être humain
Le Genninron, que l’on peut traduire par « Traité sur l’origine de l’être humain », est une œuvre du moine bouddhiste chinois Guifeng Zongmi (圭峰宗密, 780–841), connu au Japon sous le nom de Keihō Shūmitsu.
Ce penseur, lié à la tradition du bouddhisme Huayan (Kegon au Japon) et au Chan (Zen au Japon), s’est interrogé sur l’origine fondamentale de l’existence humaine.
Qu’est-ce qui constitue véritablement l’être humain ? D’où viennent la vie et la conscience ? Quelle est leur nature profonde ?
Dans ce contexte apparaît la notion de Sansai (三才), les « Trois Puissances » : le Ciel (Ten), la Terre (Chi) et l’Homme (Jin).
Cette conception, issue de la pensée traditionnelle chinoise, considère l’être humain comme faisant partie intégrante de l’ordre cosmique.
L’homme n’est pas une entité séparée de la nature. Il participe à un ensemble plus vaste, où le Ciel, la Terre et l’humanité entretiennent des relations fondamentales.
Tamai Tenpeki s’appuie sur cette vision pour présenter l’être humain comme un être doté d’une nature spirituelle particulière, dont il convient de rechercher l’origine.
Les trois corps du Bouddha
Dans son préambule, l’auteur évoque également des notions appartenant à la doctrine bouddhique des trois corps du Bouddha, appelée Sanshin (三身).
Cette doctrine distingue trois aspects de la bouddhéité :
- Hōshin (法身), le corps du Dharma : il représente la vérité ultime, la réalité fondamentale qui dépasse les formes et les apparences.
- Hōjin (報身), le corps de rétribution ou d’accomplissement : il désigne le Bouddha dans la plénitude de la sagesse et des mérites acquis par sa pratique.
- Keshin (化身), le corps de manifestation : il désigne les formes sous lesquelles le Bouddha apparaît dans le monde afin d’enseigner et d’aider les êtres vivants.
Dans le texte de Tamai, ces notions sont utilisées pour évoquer les différentes manifestations d’un principe fondamental.
Il ne s’agit pas ici d’une présentation systématique de la doctrine bouddhique. L’auteur emprunte ces concepts pour construire sa propre réflexion sur la force spirituelle.
Rei (靈) : l’esprit, l’âme ou le principe spirituel
Le terme Rei est au cœur de ce chapitre.
Le caractère 靈 est une forme ancienne de 霊, toujours utilisé dans le japonais contemporain.
Il peut évoquer l’esprit, l’âme, une présence spirituelle ou une puissance mystérieuse.
Mais chez Tamai Tenpeki, le mot semble posséder un sens particulièrement large.
Il ne désigne pas simplement l’âme individuelle, ni l’esprit d’une personne décédée.
L’auteur le considère comme une force fondamentale qui serait à l’origine de la vie et des phénomènes naturels.
Il emploie ainsi le terme Rei pour désigner un principe qui dépasse les manifestations matérielles visibles.
Cette conception explique pourquoi il établit un rapprochement entre la spiritualité et les connaissances scientifiques de son époque.
Il évoque notamment les propriétés physiques et chimiques de la matière cellulaire, ainsi que les électrons qui participent à la constitution des éléments.
Selon lui, même ces éléments fondamentaux de la matière seraient, en dernière analyse, des manifestations de la force du Rei.
Il faut naturellement distinguer cette affirmation philosophique des connaissances de la physique moderne : la science actuelle ne considère pas les électrons comme des manifestations d’une force spirituelle.
Ce qui mérite notre attention, cependant, c’est la démarche de l’auteur.
Il ne cherche pas simplement à opposer science et spiritualité.
Il tente de les intégrer dans une vision globale de l’univers et de la vie, en considérant que les phénomènes matériels possèdent une origine plus profonde.
C’est à partir de cette conception qu’il développe sa théorie du Reishu Shiatsu.
2. La force spirituelle et les fonctions physiologiques du corps
À la page 300, Tamai Tenpeki aborde la relation entre la force du Rei et les fonctions physiologiques de l’organisme.
Il s’intéresse notamment à la distinction entre les activités conscientes et inconscientes.
Nous pouvons, par exemple, décider volontairement de bouger un bras ou de marcher.
Mais de nombreuses fonctions de notre organisme se déroulent sans intervention consciente : les battements du cœur, la digestion ou une grande partie de la régulation physiologique.
L’auteur considère que ces différentes activités reposent sur une force fondamentale qu’il appelle Rei.
Il évoque également les rapports entre les activités mécaniques et psychiques, ainsi que les relations entre les souffrances du corps et celles de l’esprit.
Cette réflexion fait apparaître une idée essentielle : pour Tamai Tenpeki, le fonctionnement du corps et l’état intérieur de l’être humain ne peuvent être complètement séparés.
Cette idée peut nous sembler familière aujourd’hui.
Nous savons, par exemple, qu’un état de stress peut influencer la respiration, le tonus musculaire ou certaines fonctions digestives. Inversement, une douleur persistante ou une fatigue importante peuvent modifier notre état émotionnel.
Il faut toutefois distinguer deux affirmations.
La première est que les états psychologiques et les fonctions physiologiques interagissent. Cette relation fait aujourd’hui l’objet de nombreuses recherches scientifiques.
La seconde, propre à Tamai Tenpeki, est que ces phénomènes trouvent leur origine dans une force spirituelle fondamentale.
Cette seconde affirmation relève de sa conception philosophique et spirituelle, et non d’un mécanisme scientifiquement démontré.
Mais elle permet de comprendre pourquoi, dans son approche du Shiatsu, l’état intérieur du praticien occupe une place aussi importante.
3. Avant de traiter autrui, commencer par se cultiver soi-même
Le deuxième chapitre est consacré au Reishu Shūyō-hō (靈手修養法), que l’on pourrait traduire par « Méthodes de cultivation personnelle pour le Reishu ».
Le mot japonais Shūyō (修養) mérite une attention particulière.
Il désigne un travail de formation et de transformation de soi, à travers une pratique régulière, une discipline personnelle et le développement de qualités physiques, mentales ou morales.
Il ne s’agit pas seulement d’apprendre une technique.
Il s’agit de se former soi-même.
Cette notion occupe une place importante dans de nombreuses traditions japonaises, notamment dans les arts martiaux, les pratiques méditatives et certaines disciplines artistiques.
Tamai Tenpeki présente trois méthodes de cultivation personnelle :
- Shinshin Tanren-hō (心身鍛錬法) — Entraînement du corps et de l’esprit.
- Munen Musō-hō (無念無想法) — Méthode d’apaisement de l’esprit.
- Nenriki Yōsei-hō (念力養成法) — Méthode de développement de la force de concentration mentale.
Ces trois méthodes sont distinctes, mais elles peuvent être comprises comme trois dimensions complémentaires : stabiliser le corps, apaiser l’esprit et développer la concentration.
3.1. Shinshin Tanren-hō : entraîner le corps et l’esprit
Le terme Shinshin (心身) associe deux caractères : Shin (心), le cœur ou l’esprit, et Shin (身), le corps.
Dans la pensée japonaise, Kokoro (心) ne désigne pas uniquement l’intellect. Il englobe aussi la sensibilité, les émotions, l’intention et la vie intérieure.
Quant à Tanren (鍛錬), il signifie un entraînement rigoureux et répété.
À l’origine, les caractères évoquent notamment le travail du métal que l’on forge et affine. Par extension, Tanren désigne le processus par lequel une personne développe progressivement ses capacités grâce à une pratique persévérante.
Dans cette première méthode, Tamai Tenpeki propose un exercice associant posture et respiration.
Le pratiquant s’installe dans une position assise à genoux, proche du Seiza (正座), la position traditionnelle japonaise.
Il superpose les gros orteils, écarte les genoux d’environ deux largeurs de poing, puis s’assoit en reculant les fesses et en maintenant la colonne vertébrale droite.
Il ferme les yeux et inspire lentement par le nez, en laissant le bas-ventre se gonfler.
Il retient ensuite momentanément son souffle, contracte le bas-ventre, puis relâche progressivement la tension en expirant doucement.
L’auteur recommande de répéter cet exercice quatre fois par minute pendant trente minutes.
L’élément particulièrement intéressant est l’importance accordée au Kafuku (下腹), le bas-ventre.
Le bas-ventre et le Tanden dans la culture corporelle japonaise
Dans les traditions corporelles japonaises, la région du bas-ventre occupe une place centrale.
On parle souvent de Hara (腹), le ventre, et de Tanden (丹田), un centre traditionnel de stabilité et de concentration situé dans cette région.
Le Tanden ne correspond pas à un organe anatomique précis. Il s’agit d’une notion traditionnelle utilisée dans les pratiques corporelles, respiratoires et méditatives.
Dans les arts martiaux, la stabilité du corps, la respiration et la capacité à agir sans tension excessive sont souvent associées à cette région.
Dans le texte étudié, Tamai Tenpeki emploie précisément le mot Kafuku, et non Tanden.
Il est donc préférable de respecter cette distinction.
Néanmoins, son exercice peut être rapproché des traditions japonaises qui accordent une importance particulière à la stabilité du bas-ventre.
La posture, la respiration et l’attention portée à cette région participent ici à la préparation du corps et de l’esprit.
Précision pratique : l’exercice historique comporte une rétention du souffle et une contraction abdominale. Il ne doit pas être reproduit de manière forcée. Les durées prescrites par l’auteur ne constituent pas des recommandations médicales actuelles.
3.2. Munen Musō-hō : ne pas se laisser entraîner par les pensées
La deuxième méthode est appelée Munen Musō-hō (無念無想法).
Les termes Munen (無念) et Musō (無想) évoquent littéralement l’absence de pensées et de représentations mentales.
Cette expression est proche du vocabulaire que l’on rencontre dans certaines traditions méditatives et dans les arts martiaux japonais.
Mais il ne faut pas la comprendre trop rapidement comme l’obligation de ne plus penser à rien.
Dans son texte, Tamai Tenpeki donne des indications très concrètes.
Il recommande de relâcher les muscles de tout le corps, de fermer doucement les yeux et de respirer par le nez, la bouche fermée.
La respiration doit être lente, régulière et sans irrégularités.
Puis il précise que, même lorsque des pensées parasites apparaissent, il faut éviter de laisser son esprit se disperser et conserver un état de calme intérieur.
C’est un point essentiel.
Il ne s’agit pas nécessairement d’empêcher toute pensée d’apparaître, mais de ne pas se laisser troubler ou entraîner par elle.
Cette distinction est importante pour comprendre la pratique.
Dans une séance de Shiatsu, de nombreuses pensées peuvent traverser l’esprit du praticien.
Où placer la main ? Quelle pression exercer ? Comment interpréter la réaction du receveur ? Quelle sera la prochaine étape ?
Ces réflexions sont parfois nécessaires.
Mais elles peuvent aussi devenir une agitation mentale qui éloigne le praticien de l’expérience directe du contact.
Le Munen Musō peut alors être compris comme une manière de préserver une attention calme, disponible et non dispersée.
Il ne s’agit pas de supprimer le discernement, mais de ne pas se laisser dominer par le flot des pensées.
Cette interprétation contemporaine prolonge le sens pratique du texte sans prétendre se substituer à la conception spirituelle de son auteur.
3.3. Nenriki Yōsei-hō : développer la force de concentration mentale
La troisième méthode, Nenriki Yōsei-hō (念力養成法), est particulièrement originale.
Le mot Nenriki (念力) est composé de Nen (念), l’intention, la pensée ou la concentration mentale, et de Riki (力), la force ou la puissance.
Dans le japonais contemporain, Nenriki peut évoquer un pouvoir psychique ou paranormal.
Mais il serait réducteur de traduire automatiquement ce terme par « télékinésie » ou « pouvoir surnaturel ».
Pour comprendre ce que Tamai Tenpeki entend par là, il faut examiner l’exercice qu’il propose.
Après avoir régularisé sa respiration et apaisé son esprit, le pratiquant doit effectuer une forme de contemplation mentale appelée Kan (観).
Kan : observer et contempler intérieurement
Le caractère 観 signifie regarder, observer ou contempler.
Dans le vocabulaire bouddhique, il peut désigner une pratique de contemplation attentive ou de visualisation mentale.
Dans l’exercice décrit par Tamai Tenpeki, le pratiquant commence par choisir un objet quelconque et le fait apparaître dans son esprit.
Il imagine ensuite que cet objet se multiplie sans limite et occupe tout l’espace autour de lui.
Il se représente alors lui-même au milieu de cette multitude d’objets.
Enfin, il imagine qu’il se fond progressivement dans cet ensemble, jusqu’à ne faire plus qu’un avec l’objet contemplé.
Selon l’auteur, c’est lorsque cet état d’unité est atteint que le Nenriki se développe.
Cette méthode est très différente d’un simple exercice de concentration sur un point fixe.
Elle commence par une représentation mentale, se poursuit par une multiplication de l’objet, puis aboutit à une forme d’identification entre le sujet et ce qu’il contemple.
Le pratiquant ne se contente plus d’observer l’objet : il cherche à dépasser la séparation entre lui-même et l’objet.
Ce type de démarche peut rappeler certaines pratiques contemplatives asiatiques, sans que l’on puisse pour autant identifier directement cet exercice à une école bouddhique précise.
Dans la logique de Tamai Tenpeki, le Nenriki n’est donc pas seulement une capacité ordinaire d’attention.
Il représente une force mentale développée par la pratique, que l’auteur considère comme susceptible d’intervenir dans le traitement.
Trois méthodes complémentaires
Si l’on rapproche ces trois exercices, une progression intéressante apparaît.
Le Shinshin Tanren-hō cherche à stabiliser le corps par la posture et la respiration.
Le Munen Musō-hō vise à apaiser l’agitation mentale.
Le Nenriki Yōsei-hō développe une concentration approfondie à travers la contemplation.
Il serait excessif d’affirmer que Tamai Tenpeki décrit ici un système rigoureusement organisé en trois étapes obligatoires.
Mais une idée générale se dégage clairement : avant de travailler sur le corps d’une autre personne, le praticien doit cultiver ses propres capacités corporelles et mentales.
4. Reishu Shiatsu Seryō-hō : les huit principes du traitement
Dans le troisième chapitre, consacré à la méthode de traitement, Tamai Tenpeki présente huit règles fondamentales.
Ce qui frappe immédiatement, c’est que la plupart d’entre elles ne concernent pas directement la technique de pression.
Elles portent sur l’état intérieur du praticien, la préparation du receveur et les conditions dans lesquelles le traitement doit se dérouler.
Premier principe : unifier son esprit avant de commencer
L’auteur demande au praticien de procéder à une Seishin Tōitsu (精神統一) avant de poser les mains.
Cette expression signifie littéralement « unification de l’esprit ».
Elle désigne un état dans lequel l’attention cesse de se disperser et se rassemble autour d’une intention claire.
Le praticien ne devrait donc pas commencer son traitement dans la précipitation ou l’agitation.
Il lui faut d’abord retrouver une certaine stabilité intérieure.
Puis, seulement, entrer en contact avec le receveur.
Cette recommandation conserve tout son intérêt pour la pratique contemporaine du Shiatsu.
Deuxième principe : utiliser la force spirituelle cultivée par la pratique
Tamai Tenpeki demande au praticien de mettre en œuvre le Reiryoku (靈力) qu’il a développé par un entraînement préalable.
Le mot Reiryoku désigne ici la puissance ou la force spirituelle.
Mais l’expression employée par l’auteur contient une nuance importante : cette force est censée avoir été cultivée auparavant.
Elle ne surgit donc pas spontanément au moment du traitement.
Dans la conception de Tamai, elle résulte d’un travail régulier sur soi-même.
Cette idée établit un lien direct entre la pratique quotidienne de la cultivation personnelle et l’acte thérapeutique.
Troisième principe : éviter les conversations inutiles
Pendant le traitement, le praticien doit éviter de parler de sujets sans rapport avec la séance.
Cette règle peut paraître simple, mais elle correspond à l’importance accordée à la concentration.
La parole peut détourner l’attention, aussi bien celle du praticien que celle du receveur.
Il ne s’agit évidemment pas, dans une pratique actuelle, de supprimer les échanges nécessaires au confort, au consentement et à la sécurité de la personne.
Mais cette recommandation nous rappelle que le silence peut lui aussi faire partie de la qualité du soin.
Quatrième principe : exercer les pressions avec le Nenriki
L’auteur demande d’effectuer le traitement en y mettant le Nenriki.
Cette recommandation renvoie directement à l’exercice de cultivation mentale décrit précédemment.
Il ne s’agit pas, dans sa conception, d’effectuer les pressions de manière automatique.
Le praticien doit y engager pleinement son intention et sa force mentale.
On peut aujourd’hui y voir un appel à la qualité de présence et à la concentration pendant le contact.
Il faut toutefois rappeler que Tamai Tenpeki attribue au Nenriki une portée spirituelle plus large que la simple attention psychologique.
Cinquième principe : éveiller le Reikan chez le receveur
L’auteur demande que le traitement fasse naître un Reikan (霊感) chez la personne qui reçoit le Shiatsu.
Ce terme est délicat à traduire.
Dans le japonais actuel, Reikan désigne souvent une sensibilité spirituelle, voire une capacité à percevoir des phénomènes surnaturels.
Dans le contexte du Reishu Shiatsu, il semble désigner une forme de perception spirituelle que le receveur devrait éprouver au cours du traitement.
Le texte ne précise pas exactement la nature de cette expérience.
Il serait donc imprudent de l’identifier à une sensation de chaleur, de picotement ou de circulation du Ki.
Ce qui est intéressant, en revanche, c’est que l’auteur ne s’intéresse pas uniquement à l’action du praticien.
Il accorde également une importance à l’expérience intérieure du receveur.
Sixième principe : préparer également l’esprit du receveur
Avant de commencer, le praticien demande au receveur de s’asseoir correctement, de poser les mains sur les cuisses, paumes tournées vers le bas, et de fermer doucement les yeux.
Il lui demande également de conserver un esprit calme et de ne pas se laisser entraîner par les pensées parasites.
Ce passage mérite une attention particulière.
Dans cette méthode, le praticien n’est pas le seul à devoir se préparer intérieurement.
Le receveur participe lui aussi à la création des conditions nécessaires au traitement.
Le Shiatsu est ainsi présenté comme une pratique impliquant deux personnes, et non comme une action purement unilatérale.
Septième principe : préserver un environnement silencieux
L’auteur recommande d’éviter les bruits à proximité du lieu de traitement.
Cette règle est cohérente avec l’ensemble de sa méthode.
Si la concentration et le calme intérieur sont considérés comme essentiels, l’environnement doit permettre de les préserver.
La qualité de l’espace devient alors une composante de la pratique.
Huitième principe : moins de points, mais des pressions plus longues
Le dernier principe concerne directement la technique du Shiatsu.
Tamai Tenpeki recommande de respecter les méthodes habituelles de pression, tout en réduisant le nombre de points traités et en prolongeant la durée de chaque pression.
Il insiste également sur la nécessité d’agir avec beaucoup de prudence et d’attention.
Cette indication est particulièrement intéressante du point de vue de l’histoire des techniques de Shiatsu.
Plutôt que de multiplier les points de pression, l’auteur propose de concentrer le travail sur un nombre plus restreint de zones.
Chaque pression doit être maintenue plus longtemps.
Il ne précise cependant ni la durée exacte des pressions ni l’intensité à employer.
On ne peut donc pas reconstituer un protocole technique complet à partir de cette seule indication.
Mais cette règle montre que le Reishu Shiatsu ne se limite pas à une conception spirituelle : il possède aussi certaines particularités dans la manière d’exercer les pressions.
5. Kannō Dōkō : une relation profonde entre le praticien et le receveur
Revenons maintenant à un terme particulièrement important du préambule : Kannō Dōkō (感應道交).
Cette expression appartient au vocabulaire bouddhique et mérite une explication approfondie.
Kannō : l’appel et la réponse
Le terme Kannō (感應) associe deux idées complémentaires.
Kan (感) évoque le fait de ressentir, de percevoir ou d’être touché par quelque chose.
Ō (應) signifie répondre, correspondre ou entrer en relation.
Dans le contexte bouddhique, Kannō désigne notamment la relation entre l’appel des êtres vivants et la réponse du Bouddha ou d’un bodhisattva.
Il ne s’agit donc pas simplement d’une réaction mécanique à une stimulation.
Le terme évoque une correspondance profonde entre deux pôles d’une relation spirituelle.
Dōkō : une communion dans la Voie
Le terme Dōkō (道交) peut être compris comme une rencontre ou une communion dans la Voie.
Le caractère Dō (道) signifie la Voie. Il est également présent dans des mots japonais comme Judō, Kendō, Sadō ou Shodō.
Dans le contexte bouddhique, cette Voie renvoie à la vérité et à la pratique spirituelle.
L’expression complète Kannō Dōkō désigne traditionnellement une communion entre l’action compatissante du Bouddha et la disposition intérieure de l’être qui lui répond.
Du vocabulaire bouddhique à la pratique du Shiatsu
Tamai Tenpeki reprend cette expression pour expliquer ce qui se produit, selon lui, au cours du Reishu Shiatsu.
Il considère qu’une forme de correspondance spirituelle s’établit entre le praticien et le receveur.
Cette relation permettrait, selon sa théorie, de rétablir l’harmonie du corps et de l’esprit et de ramener les fonctions physiologiques vers leur état naturel.
Il faut souligner que cette explication appartient à la conception spirituelle de l’auteur.
Elle ne constitue pas une démonstration scientifique d’un mécanisme thérapeutique.
De même, l’affirmation selon laquelle cette méthode pourrait traiter toutes les maladies doit être replacée dans son contexte historique et ne peut être considérée comme une réalité médicale établie.
Cependant, l’utilisation du terme Kannō Dōkō révèle quelque chose d’essentiel.
Pour Tamai Tenpeki, le traitement ne se réduit pas à l’application d’une pression sur un corps. Il implique une relation entre deux êtres humains.
Le praticien agit, mais le receveur n’est pas simplement un objet passif.
Une forme de rencontre se produit entre eux.
Dans une lecture contemporaine, cette idée peut nous inviter à réfléchir à la qualité de présence, à l’attention mutuelle, à la confiance et à la manière dont le contact est vécu.
Il ne s’agit pas de prétendre que ces notions modernes sont identiques au Kannō Dōkō bouddhique.
Il s’agit plutôt de reconnaître que l’auteur cherche à penser la relation thérapeutique dans une dimension plus vaste que la seule action mécanique.
6. Trois caractéristiques essentielles du Reishu Shiatsu
À travers l’ensemble de ce chapitre, trois grandes caractéristiques apparaissent.
La cultivation personnelle du praticien
Le praticien doit commencer par travailler sur lui-même.
Posture, respiration, détente musculaire, calme intérieur, concentration et contemplation mentale constituent les fondements de cette préparation.
Le traitement n’est donc pas seulement une technique à apprendre.
Il suppose également un travail personnel régulier.
L’importance de l’état intérieur des deux personnes
Le praticien doit unifier son esprit, éviter les distractions et concentrer son intention.
Mais le receveur est également invité à adopter une posture stable et à apaiser son esprit.
Cette double préparation montre que l’auteur accorde une importance particulière à la relation entre les deux personnes.
Une technique de pression spécifique
Enfin, la méthode comporte une indication technique précise : réduire le nombre de points de pression et prolonger chaque pression.
La dimension spirituelle ne remplace donc pas complètement la technique.
Elle s’y associe, dans une conception globale du traitement.
Ces trois caractéristiques montrent que le Reishu Shiatsu cherche à réunir la cultivation personnelle, la relation entre praticien et receveur, et la technique manuelle.
7. Comment lire ce texte aujourd’hui ?
Il n’est pas nécessaire d’adhérer à l’ensemble des croyances de Tamai Tenpeki pour reconnaître l’intérêt historique de ce chapitre.
Les notions de Reiryoku, de Nenriki ou de transmission d’une force spirituelle ne correspondent pas à des mécanismes thérapeutiques scientifiquement établis.
De même, les affirmations concernant la guérison de toutes les maladies ne doivent pas être reprises comme des promesses de soin.
Mais ces limites n’enlèvent rien à la valeur de ce document pour comprendre l’histoire du Shiatsu.
Au contraire, elles nous rappellent que le Shiatsu s’est développé au croisement de plusieurs univers intellectuels et culturels.
On y trouve des connaissances anatomiques et physiologiques, des techniques manuelles, mais aussi des conceptions traditionnelles du corps, des pratiques de cultivation personnelle et des influences religieuses ou philosophiques.
Le Reishu Shiatsu illustre particulièrement bien cette diversité.
Il nous montre qu’à une certaine époque, certains auteurs ne considéraient pas la pratique manuelle indépendamment de la transformation personnelle du praticien.
La manière de toucher était liée à la manière d’être.
Cette idée mérite encore aujourd’hui notre réflexion.
Lorsque nous pratiquons le Shiatsu, dans quel état se trouve notre corps ?
Notre posture est-elle stable ?
Notre respiration est-elle calme ?
Notre attention est-elle réellement tournée vers la personne que nous touchons ?
Sommes-nous présents à ce qui se passe sous nos mains, ou simplement occupés à reproduire une succession de techniques ?
Comment percevons-nous la réaction du receveur ?
Et quelle place accordons-nous au silence, à la durée d’une pression et à la qualité du contact ?
Ces questions peuvent être posées indépendamment de toute croyance en une force spirituelle.
Elles concernent directement notre manière de pratiquer.
Conclusion — Qu’est-ce qui se transmet à travers les mains ?
Le chapitre consacré au Reishu Shiatsu n’est pas facile à lire pour un lecteur contemporain.
Il associe des références bouddhiques, une conception spirituelle de l’univers, des exercices respiratoires, des méthodes de concentration mentale et des techniques de pression.
Ces éléments peuvent sembler appartenir à des domaines très différents.
Pourtant, une idée commune semble traverser l’ensemble du texte.
Celui qui pratique le Shiatsu n’est pas simplement une paire de mains. C’est un être humain tout entier qui entre en contact avec un autre être humain.
Sa posture, sa respiration, son état intérieur, son attention et sa relation avec le receveur font partie de l’acte de toucher.
Tamai Tenpeki a cherché à exprimer cette conception à travers la notion de Reishu, la « main spirituelle ».
Nous ne sommes pas obligés d’adopter aujourd’hui toutes les explications qu’il propose.
Mais son texte nous permet de découvrir une dimension de l’histoire du Shiatsu qui ne se limite ni à l’anatomie ni à la technique.
Il nous invite aussi à réfléchir à notre propre pratique.
Car, au fond, qu’est-ce que le Shiatsu ?
Est-ce simplement exercer une pression sur le corps ?
Ou bien est-ce un acte plus vaste, dans lequel une personne entre en relation avec une autre à travers le toucher ?
Le Reishu Shiatsu de Tamai Tenpeki nous invite à garder cette question ouverte.
Référence : Tamai Tenpeki, Shiatsu-hō (指圧法), chapitre XXII, « Reishu Shiatsu Ryōhō » (靈手指圧療法), pages 299–302.
Cet article propose une présentation et une interprétation historique du texte original. Les rapprochements avec la pratique contemporaine du Shiatsu relèvent d’une réflexion pédagogique et ne doivent pas être confondus avec les affirmations de l’auteur ni avec des connaissances médicales établies.
ChatGPT, 2026-10-12
Stage : Le prémier livre de shiatsu,
« 指圧法 Shiatsu Hô »
de TAMAI Tenpeki
Plonger au cœur du prémier livre de shiatsu : Une Exploration histrique, culturelle et spirituelle de l’Œuvre de Tenpeki TAMAI.


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